LE RAVISSEMENT, CINQUANTE NUANCES DE SOLITUDE
D’une rare maîtrise, Le Ravissement est un premier film français comme on aimerait en voir tous les jours : tendu, crépusculaire, subversif. Et porté par la grâce d’Hafsia Herzi, qui trouve ici l’un de ses plus beaux rôles.
On en sort étourdi, la tête encore pleine du mystère qu’aura distillé Iris Kaltenbäck le long de son tout premier film. Une œuvre rare dans le cinéma français, habitué à des regards plus rationnels et plus limpides. Tout le contraire du Ravissement, dont le beau titre – à double sens – évoque déjà un trouble. Il en sera bel et bien question dans cette histoire de maternité et de mensonge, où une sage-femme prénommée Lydia (Hafsia Her zi) emprunte le bébé de sa meilleure amie puis fait croire à une aventure d’un soir (Alexis Manenti, d’une sensibilité folle) qu’il en est le père. Mensonge énorme et pourtant tiré d’un fait divers réel, transfiguré par la cinéaste.
C’est tout le pari d’Iris Kaltenbäck : au fait divers, à sa matière brute, opposer le trouble du cinéma. D’où le choix assumé d’en passer par le romanesque, à l’aide d’une voix off qui prend de la hauteur sur le récit et le personnage de Lydia. Mais aussi par une esthétique très soignée, dont les teintes ont des airs de conte – ainsi de l’épais manteau rouge souvent porté par l’héroïne. Jusqu’à cette façon si singulière de filmer Paris, ville envisagée non pas comme un centre festif, mais comme un berceau de solitude. Au milieu : Lydia. Cette fille ordinaire dévorée par la mélancolie urbaine, au point de s’approprier l’histoire des autres – quitte à commettre l’irréparable.
UN DIAMANT BRUT
Le film ne tente pas même de comprendre ni d’expliquer le geste de Lydia; il s’agit d’en approcher la vérité. D’en explorer le contexte et les failles, d’un pur point de vue émotionnel, sans jugement. Subversif, Le Ravissement l’est par cette manière quotidienne et empathique de traiter le fait divers ; comme un événement qui menace d’imploser en chacun d’entre nous. Pour porter ces personnages tout en nuances, Hafsia Herzi et Alexis Manenti sont sublimes de délicatesse en amants réunis par le mensonge. L’actrice révélée par La Graine et le mulet (2007) puis passée réalisatrice avec Tu mérites un amour (2019) confirme qu’elle est l’une des plus fascinantes cinéastes de sa génération. La preuve : la caméra sublime son visage très pictural, à la fois sévère et aérien. C’est tout ce qui se dégage de la mystérieuse Lydia, qui n’a pas fini de hanter les esprits.
Cet article est issu du Mag by UGC.
Le Ravissemen, un film labellisé UGC Découvre, à découvrir dans nos cinémas.