CIVIL WAR : L’APOCALYPSE MADE IN U.S.A.
Deux ans après le terrifiant Men, le cinéaste indépendant Alex Garland s’attaque au film de guerre, avec ce génial road movie apocalyptique porté par Kirsten Dunst.
Aux États-Unis, il reste encore des cinéastes qui se fraient un chemin à l’écart des grands studios. L’un d’eux se nomme Alex Garland, d’abord révélé en tant que scénariste ; c’est lui qui signait en effet les scripts de La Plage (2000), 28 jours plus tard (2002) et Sunshine (2007), tous trois réalisés par Danny Boyle. On distingue chez lui un goût pour le "genre" au sens large : science-fiction, épouvante, thriller se confondent dans des récits hybrides aux résonances très contemporaines. C’est aussi le cas sur cet étonnant Civil War, quatrième film dont il signe la réalisation. Un road movie enflammé qui suit des repor ters dans une Amérique en proie à la guerre civile.
Dès ses premières réalisations Ex Machina (2014), Annihilation (2018) puis Men (2022), Alex Garland associe brillamment l’imagerie fantastique à un discours sociétal très puissant. Il prend acte des transformations engendrées par la technologie, en l’occurrence des "mutations" à l’œuvre dans notre rapport au monde. Robotique, biologie, militarisme sont passés au crible d’un cinéma tout à la fois fasciné et terrifié par les innovations de l’époque. Pour autant, Garland s’y plonge à corps perdu ; en témoigne la saveur avant-gardiste de ses films. Et fait montre d’un vrai talent pour créer des visions stupéfiantes, qui hantent longtemps la rétine.
UNE QUÊTE RÉFLEXIVE
Civil War ne fait pas exception, en témoigne le stress post-traumatique qu’affirme avoir vécu Kirsten Dunst après le tournage. La star de Virgin Suicides (1999) campe en effet le rôle d’une photographe de guerre habituée à immortaliser la barbarie. Son équipe engage une apprentie photographe, dont c’est le premier travail de terrain, incarnée par Cailee Spaeny – révélée dans Priscilla de Sofia Coppola. S’engage alors un parcours initiatique à travers une Amérique dévastée, minée par un conflit dont on ne saura étonnamment pas grandchose. C ’est tout le talent d’Alex Garland : procéder par soustraction, synthétiser un propos par le symbole et la métaphore. À travers ce chemin de croix photographique en pleine guerre civile, il s’interroge : que peut l’enregistrement du réel – et par extension le cinéma – face à l’absurdité du monde ? Participe-t-il lui aussi d’une mascarade ? Le débat est ouvert.
Cet article est issu du Mag by UGC.
Civil War, à décourvrir en ce moment dans nos cinémas.